jeudi 31 juillet 2008

Dardhil


Ses alliés, d'un jour ou plus, ceux qui l'avait soutenue, Sir Guybrush, Ilthizan, Garandhiel, Erland, Garly, ses amis Dante Onkull et le Rat, et bien sûr les vainqueurs Maianico et Kamahl, tous étaient réunis autour d'un bon repas pour fêter la pacification du continent. Dès le départ, les combats s'annonçaient rudes et les noeuds difficiles à démêler. Il avait fallu frapper fort et vite pour déjouer les pièges d'une alliance astriane formée par Dame Aucklèce, Noir Feu, et leurs alliés, notamment Barahir. Et châtier ceux qui avaient osés proférer tant de mensonges, et d'infâmies à l'encontre de ceux qui lui sont chers. La vérité et la droiture l'avait rapidement emporté face à la perfidie! Les espions du royaume étaient là aussi, ils avaient bien mérité de fêter cette nouvelle, car leur zèle et leur rapidité avait permis à l'alliance d'être efficace. Les batailles avaient fait rage, dans un méli mélo de collaborations surprenantes, et c'est avec chance et soutien qu'elle se retrouvait à signer ce traité. L'elfette envoya un clin d'oeil à Garly en lui tendant une assiette remplie de crêpes, puis fît une grimace amusée à Dante, avant de sourire un long moment à son compagnon démoniaque qui se trouvait près d'elle. Sheena leva son verre en direction de Kamahl, qui lui avait laissé la vie sauve, et puis vers le Seigneur Maianico, sans qui elle n'aurait pu parvenir jusque là, et en qui elle avait découvert un allié loyal et vaillant. Elle rapportait ainsi sa 2nde victoire, et une nouvelle terre pour la Cité Clanique! Cette victoire, ce n'était pas vraiment la sienne, mais celle de tous les Seigneurs ici présents. Aucun n'avait démérité. Et c'est avec un sourire convaincu que la devise de son royaume défilait dans sa tête : "Toute puissance est faible, à moins que d'être unie"!


(Image Shinobu Tanno)

Le choix des armes


« Ainsi vint la neige après le feu, et même les dragons ont une fin » (JRR Tolkien)


L'elfette regardait les ruines encore fumantes sans mots dire. Douce torpeur après la bataille. La neige tombait doucement, et déjà un tapis blanc s'étendait devant ses yeux, parsemés de traces de sang et de cadavres...Ici avait été le royaume de celui qui fût son ami. Elle avait fait le choix des armes, elle avait écouté les tréfonds de son coeur, et savait que sa place était sur ce champ de bataille, malgré son pincement au coeur, et la colère que son acte avait engendré. Oui, Noir Feu avait compté vraiment pour elle, et il comptait encore, qu'elles que fussent les paroles qu'ils avaient pu s'échanger. Malheureusement pour eux, ils étaient destinés à devenir ennemis semblait-il... L'un comme l'autre ne fréquentait que des Dames et Seigneurs avec lesquels les tensions étaient trop fortes...


Il était hors de question pour elle d'abandonner Dante aux griffes vengeresses de Dragon et de sa Dame, et puis, elle en avait assez d'entendre sans cesse insultes et brimades proférées à l'égard du Seigneur Rat. Tout cela n'avait peut être été que le fruit d'une mésentente entre eux... Mais il lui semblait que même s'il elle avait pu changer le passé, les choses se seraient déroulées comme ça, et si ça n'avait pas été en ce sens, peut être que la scène aurait été inversée en cette heure sombre...Elle pensait aux propos de Noir Feu, qui, elle le savait, était persuadé de détenir la vérité. Comme elle cela dit...Un sourire fugace traversa ses lèvres rosées quand elle songea à leur entêtement respectif...Même ceux qui se battent pour un mode meilleur peuvent se trouver aveuglés par leurs idéaux... Une bourrasque vint soulever sa longue chevelure blonde alors que la mélancolie la tenaillait... Elle se souvenait de cette nuit, de leur valse, et se dit que sans doute, une nouvelle valse avait commencé, une valse qui prenait une tournure bien plus tortueuse et destructrice...


Elle releva la tête, pour contempler le désastre qui s'étendait sous ses yeux. Cette lune, c'était bien plus qu'un royaume qui était tombé... Une amitié avait été détruite... Elle avait détruit cette amitié... Une larme amère roula sur sa joue... Elle se prit à parler à voix haute : « Noir Feu, je ne t'oublierai jamais... Tu es un Seigneur vaillant, et tu essaies toujours de faire la justice et le bien, comme moi... Seulement, il semble que nous ayons pour cela emprunté des voies divergentes.... ». Sa monture piaffa nerveusement, l'odeur acre du sang la rendant nerveuse... Sheena baissa la tête, et d'un geste de la main, elle remonta sa lourde capuche sur sa tête. Elle jeta un dernier regard vers les décombres avant de talonner sa jument, qui se mit lentement en marche, ses sabots s'enfonçant en crissant dans le tapis neigeux...

Voyageauxfondesmersdhil


Un soleil radieux brillait dans le cieux ce matin là. Les pieds dans le sable, l'elfette regardait l'horizon océanique, une lueur de fierté dans le regard. Son aigle Maïka était postée sur son avant-bras droit. De la main gauche, elle serrait le parchemin, réalisant peu à peu ce qu'il signifiait. Un sourire joyeux se dessina sur ses lèvres.... Ils avaient réussi! Pour le Clan, pour eux, le Connétable du Bradaur et elle avaient finalement été au bout de leur promesse. Ils avaient gagné ensemble ce continent tant attendu! Elle devait beaucoup au Seigneur du Bradaur, qui avait su la contenir dans ses élans guerriers. Elle avait bien fait de lui faire confiance, et était enchantée de ramener cette victoire avec lui. Cela ferait taire les mauvaises langues claniques!!Elle songea à Dame Coccinelle, la remerciant silencieusement pour sa loyauté, et espérant la revoir pour se faire pardonner. Son attaque contre son royaume lui laissait un goût amer...Elle repensa à son papy, le marchand Hermès. Elle lui avait fait parvenir une missive, lui demandant si il pouvait lui faire affréter ce fameux bateau, non par pour une défaite, mais pour sa 1ère victoire! Elle voyait déjà le bâtiment poindre dans l'infinité bleue... Son regard perdu dans le vague, ses pensées se tournèrent vers le Seigneur Rat. Il était resté avec eux jusqu'au bout, les aidant malgré son départ précipité. Elle lui devait beaucoup aussi, et elle regrettait de ne pas partager cette victoire à ses côtés... Un sourire amusé, elle se dit que du moins, si lui et Hermès n'avaient pas survécu à la malédiction de Miss Under 10 Moons, le Connétable et elle avaient été épargnés!! Le traité de paix était signé... L'Orc Estre Saint Faunic partageait désormais cette victoire avec eux. Elle glissa le parchemin dans les serres de Maïka, et d'un geste ample du bras, elle envoya le rapace dans les airs... Se retournant, elle vit la bannière du Bradaur et la sienne flotter au vent, juste à côté de celle du Clan. Un peu plus loin, se dressait un temple où un autre oriflamme battait le vent, sur lequel on pouvait apercevoir un croquis de Margoulette. Voyageaufonddesmersdhil se souviendrait toujours de cette goule vaillante du Rat qui avait trouvé la mort au combat! Elle avança enfin tranquillement pour aller retrouver le Connétable, qui l'attendait un peu plus loin. Elle lui sourit et lui envoya un clin d'oeil : « On a réussi! »

Cauchemar

Les herbes hautes s'étalent devant ses yeux. Parsemées ça et là de fleurs sauvages multicolores... Ses jambes sont lourdes, elle a l'impression que ses genoux vont lâcher, qu'elle va s'effondrer d'un instant à l'autre. Pourtant elle avance, elle avance dans cette étendue verdoyante, elle avance à la recherche du bébé. Les cris et les pleurs du nourrisson la hante, ils l'entourent, et pourtant nul trace du petit être...Les vagissements cessent d'un coup, et un silence pesant s'installe...

Elle se trouve à présent dans une sorte de clairière au milieu du champ. Une petite fille lui fait face. Une longue chevelure blonde, un visage angélique. Des larmes qui coulent doucement le long de ses joues veloutées. L'enfant lève la tête vers elle, lui sourit et lui tend la main, alors que les larmes s'effacent sur son visage... Sheena tend à son tour sa main vers la fillette. Alors qu'elle s'apprête à la toucher, l'enfant se met à courir, en lançant un rire cristallin. Sheena la suit, elle ne commande plus ses jambes, celles-ci la porte vers la fillette, courent à la poursuite de l'enfant...

Le paysage fond peu à peu autour d'elles... Les voici dans un labyrinthe, dans un immense dédale de couloirs, formés d'épines et de ronces. L'enfant continue de courir en riant, Sheena sur ses talons. La course dure une éternité, et le rire de l'enfant tournoie dans la tête de l'elfette, y devient omniprésent, envoûtant, inquiétant...Les ronces se rapprochent dangereusement d'elles, elles les engloutissent. Indifférentes aux égratignures et aux écorchures qui leur tailladent à présent la chair, elles poursuivent leur course folle. L'enfant disparaît devant Sheena, qui continue de courir. Elle perd un instant l'équilibre, son pied vient heurter une racine qui dépasse sournoisement du sol. Elle tombe lourdement, soulevant un nuage de poussière. En levant la tête, elle l'aperçoit de nouveau... Dans un désert sombre et aride qui s'élève à présent en face d'elle. La fillette se tient là. Elle la regarde avec le même sourire que tout à l'heure. C'est alors qu'une lueur démoniaque se met à briller au fond de ses prunelles brillante. Son visage s'étire, et ses douces lèvres rosés se flétrissent sous le regard désabusé de Sheena. Un rictus déforme à présent ce visage émacié sur ce corps de fillette, alors que la créature éclate d'un rire diabolique. Sheena se relève tant bien que mal, les jambes plus lourdes encore. Sans comprendre pourquoi, elle s'élance en avant, elle court, de toutes ses forces vers la fillette maudite. Elle croise un dernier regard, dans lequel elle ne lit que satisfaction. Soudain, le sol s'ouvre sous ses pieds, un trou béant se crée sur son chemin, un précipice sans fond dans lequel elle tombe à présent. Un hurlement de terreur résonne à travers les parois, alors que Sheena s'enfonce dans les profondeurs de l'enfer....

Départ en guerre


Des dizaines... Ils trépignent, leurs naseaux frémissant. Autour d'eux, les sons devenus familiers. Des bruits métalliques, alors que les maréchaux terminent de les ferrer, et que leurs cavaliers adossent leurs lourdes armures. Les écuyers s'attardent autour des montures. Leurs gestes précis et efficaces mettent progressivement en place bardes et chanfreins, protégeant les équidés précieux contre les assaillants. Les montures sont toutes dotées des couleurs du royaume sur leur dos. Des cris, des rires, les guerriers sont plein d'entrain pour cette nouvelle bataille. Les heures passent, les préparatifs touchent à leur fin... Peu à peu, les retardataires rejoignent leurs montures. Un dernier coup d'œil vers une femme, un enfant, puis lentement, le long cortège coloré se met en branle. Le vide se fait dans le campement...


Les sabots martèlent lourdement le sol, soulevant des nuages de poussières. Afin brouiller les pistes, l'armée suit pendant un long moment le lit d'une rivière. Des gerbes d'eau éclaboussent les montures... Dans les rangs, les étendards flottent au vent. L'aigle semble alors prendre son envol, toutes griffes dehors, et rien ne semble pouvoir arrêter sa course, à l'instar de ses vaillants chevaliers. A l'avant, des flûtistes entonnent des airs entraînants, pour mettre du baume au cœur de cette armée elfe, et les hommes chantent à leur tour, pour se donner plus de courage. A l'unisson, dans une symbiose parfaite, la colonne poursuit sa route vers la mort et la douleur, vers la victoire et l'honneur... Les fiers destriers avancent sans rechigner, trop heureux de cette ballade matinale. L'odeur des montures se fait de plus en plus lourde à mesure que la chaleur se fait sentir. Derrière, un amoncellement de fantassins suivent les cavaliers, porteurs de tentes, d'armes, de nourriture et de soins...


Enfin, le champ de bataille est devant eux. La gaieté apparente fait place à une soudaine tension. L'heure est grave, et les équidés deviennent de plus en plus nerveux, à mesure que leurs cavaliers prennent conscience des évènements à suivre. La procession s'arrête peu à peu. Chacun sait où se placer, et bientôt, une ligne parfaite pointe sur cette partie de la plaine. Les cavaliers sont prêts à se lancer à l'assaut. Quelques hennissements, certains chevaux renâclent, sentant que quelque chose vient de changer...Les archers sont en position. Ils n'attendent plus que le signal.... Celle qui commande cette armée fait trotter sa monture devant ses rangs, et harangue au passage ses troupes. Ils doivent gagner, coûte que coûte. Enfin, un lourd silence s'installe. Elle place son destrier face à l'ennemi, et jauge d'un coup d'œil la puissance adverse. Sans sourciller, elle attend, immobile, le bon moment..... Un signe, infime, et l'ordre est lancé... La bataille commence, dans les cris de guerre, et avec cette volonté sans faille de vaincre.... Une fraction de seconde, et la plaine tranquille se transforme en un théâtre sanglant...

Buvons!

Ce soir, chez Khorèn, c'est soirée bistrot. Le Rat a sorti son pantalon de cuir noir et sa veste de poils de bêtes. Ce soir, le Rat compte s'amuser. Il sort tranquillement de la Cité Cerbère, et prend nonchalamment la direction de l'auberge, où il compte bien rencontrer quelques encapuchonnés, pour rigoler un peu. La démarche assuré, suivit comme à son habitude par ses rongeurs, le voilà donc sur la route. Devant lui, une demoiselle. Ses lèvres se retroussent une seconde. Peut être est-ce son jour de chance. Il s'approche un peu plus près, pour étudier la marchandise. Oh, avariée... La vampire dégage un parfum méphitique, et sa peau est terne et flétrie sous les reflets de la lune. Pourtant de loin, elle dégageait une certaine sensualité... Le Rat hausse les épaules, et reprend ses distances, incommodé par l'odeur. La morte vivante se retourne de temps à autre, lançant des regards vifs, presque apeurés en direction du Seigneur. Cela lui procure déjà un certain plaisir. Le Rat aime sentir la peur chez ses ennemis, quoique là, la proie ne semble guère en valoir la peine. Un mince sourire se dessine sur son visage glacial, alors qu'il s'imagine déjà en train d'arracher un doigt ou deux à sa victime. Mais, il tient à être présentable chez Khorèn, et n'intente donc rien, cela lui évitera les tâches indélébiles de sang. Encore une fois, elle se retourne fébrilement, observant son poursuivant le cœur battant. Le Rat se retient de rire, se demandant qui peut bien être cette écervelée qui parcourt seule les routes la nuit, alors que le simple mouvement d'une feuille la fait sursauter. Il secoue la tête d'un mouvement désapprobateur en songeant à cette indigne représentante de la noble race des vampires....

Sheena avait donné rendez-vous à plusieurs seigneurs et est vraiment ravie de constater que la plupart d'entre eux ont bien voulu venir sur son invitation. La salle est bondée, et elle est contente d'imaginer que cela fera le bonheur de son ami marchand. Le brouhaha ambiant couvre presque le grincement de la porte d'entrée. Pourtant, l'elfette curieuse lève les yeux à chaque nouvelle entrée. Elle voit arriver une femme, ou ce qu'il en restait, qu'elle n'a jamais croiser auparavant. A moins que... celle-ci lui rappela vaguement une histoire de coton tige... Ses os décharnés sous sa peau d'une maigreur morbide lui donna un frisson d'écœurement. La nouvelle venue jette un regard creux dans la salle, avant d'aviser une personne qui semble l'attendre et vers laquelle elle se dirige d'un pas dépourvu de toute grâce. L'elfette tourne bien vite les yeux, non intéressée par cette apparition insignifiante. C'est alors qu'elle voit le Rat qui entre à son tour. Ni une, ni deux, elle saute sur ses pieds, et va le retrouver pour lui souhaiter la bienvenue, en lui lançant gaiement :
- « Ratounet !!! Viens donc nous rejoindre , tout le monde t'attend ici ! Viens vite ! »
Un sourire éclatant éclaire à présent son visage, car elle se doute que la soirée va prendre une nouvelle tournure avec l'arrivée de son ami. Il s'excuse auprès d'elle avant de se diriger vers le comptoir, où il est sûr d'obtenir son Bloody Harpy plus rapidement que s'il attend bien sagement assis. Elle hoche la tête, et entreprend de l'accompagner plutôt que de retourner s'asseoir. Ils se rendent donc au comptoir, et attendent que le Rat soit servi. Tout en discutant, ils jettent tous deux un œil amusé vers la table de la créature, retenant leur fous rire en voyant les têtes médusées des deux femmes qui semblent avoir quelques petits problèmes de compréhension.

Tout d'un coup, l'une d'elle pousse un cri aussi strident que celui d'une chauve souris :
- « Attention ! »
Son visage prend une couleur livide, et les clients se retournent tous vers elle, croyant qu'elle va tomber dans les pommes. Elle tend un doigt tremblant vers un petit rat qui grimpe tranquillement sur l'épaule de son amie. La créature quand à elle sur les nerfs depuis le début, ne cherche pas à comprendre, et sort son poignard telle une enragée. Le Rat se précipite à la rescousse de son compagnon, et se retrouve la main clouée sur la table. Un rictus démoniaque se dessine sur son visage, alors qu'il entrevoit là l'occasion tant attendue de se débarrasser de la goule putride. Celle-ci arrache son poignard de la main du Rat, qu'elle regarde maintenant avec des yeux ébahis, entrevoyant dans les yeux du Seigneur les souffrances atroces qu'il lui réserve. Elle se relève dans un air qui se veut de défi, mais ses lèvres retroussés montrant ses dents jaunies sur son visage émacié fait exploser de rire la plupart de ceux qui regardent la scène d'un œil déridé. Hagarde, elle se met à courir en titubant, donnant des coups de poignard dans le vent, hurlant comme une hystérique. Il semble qu'elle se bat contre des forces invisibles, ce qui la met dans un état pitoyable. Un éclair de lucidité semble traverser son état de démence, et elle regarde autour d'elle en roulant les yeux comme un animal terrorisé. Suivit par son acolyte qui semble médusée par ce qui se passe, elles se précipitent toutes deux à l'étage, manquant de s'effondrer à chaque marche, tant elles semblent perdues.

Sheena regarde ce spectacle ridicule avant de se retourner vers son ami, et de lui appliquer un onguent cicatrisant sur sa plaie béante. Le Rat la remercie, puis tous deux retournent tranquillement rejoindre leur table, où les discussions reprennent leur cours, sans plus se soucier de ce qui vient de se passer.

Arrivée à Iòna


Ils chevauchèrent ainsi une bonne partie de l'après midi. Alors que le soleil commençait à baisser à l'horizon, Kenji lui dit :


- Nous serons arrivés dans moins d'une heure à présent.


Sheena hocha silencieusement la tête. La douleur dans sa cuisse s'était légèrement atténuée, et le sang martelait au rythme du trot. Elle huma l'air, et ressentit l'odeur spécifique de l'eau. Puis, elle entendit une rivière, qui devait passer non loin. A mesure qu'ils avançaient le ruissellement de l'eau se transforma peu à peu en un grondement sourd. Ils approchaient d'un fleuve. Enfin, au détour d'un virage, elle pût l'apercevoir. Il traversait une grande plaine en contrebas. Sheena adorait le contact de l'eau, depuis qu'elle était enfant, et cette vue la rassura, comme si enfin, elle était de retour chez elle. Ils descendirent une petite pente, puis Kenji laissa le cheval prendre de l'allure, tout en longeant le fleuve. Le liquide précieux s'écoulait avec une rapidité étonnante, et remplissait le lit du fleuve qui s'étendait dans une largeur impressionnante. L'elfette était absorbée dans sa contemplation, et peu à peu elle voyait poindre des montagnes en face d'eux. C'est vers ces dernières que Kenji les dirigeaient. Tout d'un coup, elle eût le souffle coupé. Là, au beau milieu du fleuve, fort de ce rempart naturel, se dressait, étincelante à travers une brume environnante, une majestueuse cité, aux murs d'une blancheur époustouflante, surplombée par quelques arcs-en-ciel. Elle n'en revenait pas ! Quelle splendeur se dégageait dans la contemplation de cette merveille ! Kenji sourit :


- Nous voilà chez nous. Je te présente Iòna, la Cité des brumes. C'est ici qu'Hapousenb a grandi, ici que je lui ai tout appris, ici que tu vivras désormais si tu décides de devenir sa fille adoptive.


Laissant l'elfette à son ébahissement, Kenji poursuivit d'un ton monocorde :


- Tu apprendras beaucoup ici toi aussi.


La Cité s'étendait jusqu'à la terre ferme. Sur la rive, se trouvaient marchands, et manants, auberges et petites masures. Ils arrivaient à présent près d'un embarcadère. Il se faufilèrent parmi les voyageurs qui désiraient rejoindre eux aussi la cité des brumes. Quelques marchands essayaient de convaincre de nobles dames que leurs tissus étaient les plus beaux, des enfants courraient joyeusement en criant à tout va, des mendiants tendaient leurs mains décharnées en lançant de maigres sourires édentés.... Leur cheval traversa la foule et s'arrêta devant une petite troupe formée de 4 soldats. Leurs armures paraissaient fraîchement sorties de la forge, à en juger par leur éclat, et sur le torse de chacune d'entre elle était dessiné un aigle s'envolant vers les cieux. Kenji mit pied à terre et adressa la parole à l'un d'eux. L'autre eut un regard méfiant, puis Kenji leva le poing vers son visage. L'homme eut un mouvement de recul, puis un instant d'étonnement. Il regarda la main de Kenji quelques secondes, puis s'inclina profondément. Le soldat se retourna, fit un signe aux passeurs, qui s'empressèrent de venir dans leur direction. Là encore, ils échangèrent quelques mots, puis un jeune elfe vint vers elle, s'inclina, puis saisit la bride du cheval. Sheena préféra mettre pied à terre à son tour. Elle se laissa tomber de sa monture avec une grimace lorsque l'onde se répandit dans sa cuisse, puis elle se dirigea vers Kenji. Celui-ci prit congé du soldat, puis entraîna l'elfette en direction de l'embarcadère. Leur cheval était juché sur une solide embarcation de forme rectangulaire, où se trouvaient déjà quelques voyageurs qui semblaient pressé d'entrer dans la cité. Ils montèrent à leur tour, et les passeurs se mirent à ramer. L'embarcation était reliée à la cité par un système de cordes qui permettait un maintien de la bonne direction malgré le fort débit d'eau. Les passeurs s'appliquaient à leur tâche, ramant à travers le courant de manière aisée. Sheena observa avec admiration leur dextérité, et leurs muscles saillants dans l'effort fourni. La traversée dura quelques minutes, puis ils arrivèrent enfin de l'autre côté. Les gens se bousculèrent pour descendre, alors queux-même attendirent un instant que la cohue soit passée. Sheena finit enfin par poser pied sur la cité d'Iòna. Elle avança de quelques pas, puis leva les yeux, impressionnée par le lieu. La ville paraissait immense, et très peuplée. Ils étaient arrivés dans le quartier populaire de la ville. Là encore, les mendiants côtoyaient les marchands, aussi avides les uns que les autres à extorquer quelques pièces aux voyageurs nouvellement arrivés. Kenji avait récupéré le cheval, mais ils continuèrent la route à pied. Ils traversèrent maintes ruelles, toutes plus animées les unes que les autres. A mesure qu'ils poursuivaient leur chemin, les ruelles devenaient de vraies rues, plus larges, puis la terre sous leur pied fût peu à peu remplacée par des pavés. Ils avaient pénétré dans les quartiers riches de la ville. Les masures avaient laissé place à des maisons, et les rues étaient désormais fréquentées par des personnes bien mieux habillées. La cité était apparemment majoritairement peuplée d'elfes et elle fût heureuse de constater qu'elle allait enfin vivre parmi les siens. Sheena se sentait quelque peu ridicule au milieu d'eux, avec ses vêtements crasseux et ses cheveux en bataille. Elle s'empressa donc de mettre sa capuche, histoire de passer plus inaperçue...Kenji marchait d'un pas alerte, et avançait toujours plus. C'est à cet instant qu'elle aperçut un magnifique palais, qui s'élevait à travers la brume. Kenji eut un sourire et dit :


- Cette fois, notre périple touche à sa fin. Voici le palais d'Iòna. Voici ta nouvelle demeure.


L'elfette n'en crut pas ses oreilles.


- Ma nouvelle demeure. Que racontes-tu là ?


- Oui ma chère, mais nous allons entrer, je t'expliquerai tout ça quand nous nous serons reposé et que nous aurons mangé.


Des gardiens se tenaient devant les lourdes portes, lances pointées vers le ciel. L'un d'eux, à l'armure plus élaborée que les autres s'approcha d'eux pour les identifier. Il lança un grand sourire à Kenji et s'inclina, puis lança un regard suspicieux vers l'elfette.


- Bon retour parmi nous Maître Kenji. Je suppose que cette étrangère est votre invitée.


- Merci. Oui, elle est avec moi. Souviens-toi bien elle mon ami, dorénavant elle pourra venir ici à sa guise, m'as tu bien compris ?


- Parfait, je saurai m'en souvenir.


Il regarda Sheena dans les yeux, puis lui lança un sourire. Après quoi, il continua vers Kenji :


- Vous êtes attendu avec impatience. Nous avons cru à votre perte. Je fais prévenir le seigneur Elros de Númenor de votre arrivée.


Il s'écarte alors, leur faisant signe de passer. Kenji pousse légèrement Sheena pour l'inciter à avancer. Elle le suit donc à l'intérieur du palais. La porte donne directement sur une cour intérieur. Maintes petites fées lumineuses tournoient autour de leur tête, ce qui fait sourire l'elfette malgré elle. Des fontaines côtoient une nature verdoyante et fleurie, dans cette cour gigantesque. Après avoir monté un autre escalier, les voilà à l'intérieur même du bâtiment. Un escalier grandiose leur fait face, taillé dans un bois précieux. Ils sont à présent dans le hall du palais. Serviteurs s'affairent de toute part, alors que quelques nobles discutent tranquillement sur de bien douillets fauteuils. Ils toisent Kenji et Sheena comme si des mendiants leur faisaient face, et même les serviteurs leur jettent des regards étonnés. L'elfette se met à rougir violemment, consciente que sa place n'est pas ici, dans cet accoutrement. Kenji ignore ouvertement les autres, et monte d'un pas décidé l'escalier. Elle le suit docilement. Arrivés en haut, ils traversent plusieurs couloirs, puis Kenji lui ouvre enfin un porte, en bout de couloir.


- Voici tes appartements. Tu y trouveras tout le nécessaire. Des vêtements propres t'attendent. Je reviendrais te chercher demain. J'ai des choses importantes à régler. Puis il la regarde et lui fait un sourire.- J'espère que tu te plaira ici. Tu peux sortir, faire ce que tu veux. Tu es libre de tes mouvements, donc n'hésite pas. Toutefois, je t'ai déposé un laisser passer sur le lit. Garde le toujours avec toi pour le moment, car tu es une étrangère, et personne ne te connaît encore.


Sheena sourit à son tour. Une boule lui sert le ventre, elle ne se sent vraiment pas à sa place ici. Elle ne dit rien, et se contente de hocher la tête en entendant les paroles de l'homme. Il sort, et la laisse seule dans l'immense chambre....Elle reste un moment près de la porte, étonnée d'avoir pu arriver jusqu'ici, dans l'une des chambres d'un palais. Elle regarde autour d'elle avec curiosité. Tout est calme, pas un bruit ne filtre dans la pièce. Une impression de pureté l'entoure. Des fleurs délicates sont posées ça et là dans des vases, déployant leurs couleurs multicolores, et leur parfum envoûtant. Un bureau, quelques meubles d'une grande beauté, des tapis moelleux au sol, et un lit vers lequel elle se dirige. Elle remarque un document portant un sceau, et suppose qu'il s'agit du laisser passer. Elle le pose sur une table, puis elle s'assoit avec délectation sur des draps d'une infinie douceur. Elle s'allonge et pose sa tête sur les oreillers veloutés. Le regard ainsi tourné vers le plafond, elle remarque que celui-ci représenté la voûte étoilée. Elle est impressionnée par tant de beauté. Elle se relève doucement puis se dirige vers les fenêtres. Elle les ouvre, et se laisse envahir par le spectacle qui s'étend sous ses yeux. D'ici, elle voit toute la ville, du débarcadère, jusqu'à la cour du palais. La brume se parsème ça et là, percée en maints endroits par des petites fées, semblables à celles qu'elle a aperçu dans la cour. C'est alors qu'elle remarque une porte attenante à la chambre. Elle s'y dirige, et découvre avec un bonheur non feint qu'un bain bien chaud l'attend déjà. Sans attendre davantage, elle ôte ses vêtements sales, et se laisse aller avec plaisir dans l'eau parfumée....Après de longues minutes passées à se prélasser, elle sort tranquillement de l'eau. C'est alors qu'elle remarque que sa blessure ne la fait plus souffrir, et que mieux encore, la plaie est cicatrisée. Voilà une eau au pouvoir guérisseur se dit-elle. Elle essuie soigneusement ses cheveux, puis son corps, et retourne dans la chambre, où elle se blottit dans les draps et s'endort comme une enfant, après ce long voyage...

Archère


Le retour du moine défroqué


Le soleil brillait bien haut ce jour-là, malgré le froid hivernal. Sheena, Maîtresse du fouet, et son ami le Baron Niqueur se promenaient dans les rues de la Cité du Glan. Ils entendirent soudain des éclats de rire provenant de la porte d'entrée. Ils s'y dirigèrent donc prestement, avides de voir ce qui s'y passait. Le spectacle qui s'offrait à eux était des plus singuliers. Shaolin le moine se tenait pieds et poings liés sur un mulet, portant l'un des T-shirt à l'effigie du Glan (un soft, il faisait attention à sa réputation quand il passait les lourdes portes), ainsi qu'un caleçon tout mimi avec des petites fleurs multicolores. Il affichait une mine réjouie, vraiment heureuse, limite béate. Sheena ne put s'empêcher de rire à son tour, alors que le Baron lui lançait :
- « Et bien mon ami, quel accoutrement ! Te voilà drôlement fait ! A voir ta tête, j'en déduis que tu as dû passé une nuit des plus mouvementées !! Cela faisait bien longtemps qu'on ne t'avais vu aussi joyeux ! Allez dis-moi, quelle donzelle as bien pu te mettre dans cet état ! » Lui lançant un sourire convenu, il continua : « Je voudrais bien l'essayer moi aussi !!Allez, tu partagerai bien avec tonton Niqueur !! »
Shaolin lui répondit d'une voix étrange, encore tout à son émotion immense et au plaisir auquel il avait goûté :
- « Ah, si tu savais !! Celle qui m'as mis dans cet état, tu la connais, mais détachez-moi donc vous deux, maintenant que je suis arrivé !! »
La Maîtresse du fouet s'approcha du Moine et d'un geste leste, dénoua pieds et poings. C'est alors seulement qu'elle avisa que la devise du Glan avait été rayé et remplacée par ces mots : « Traîtrise - Lâcheté – Couardise ». Là, elle sourit franchement, car elle venait de réaliser qui lui avait fait passer de si agréables moments :
- « Ah, j'ai compris !!! Tu n'as pu t'empêcher d'aller retrouver la reine du RDG, la Fée !! » Lui faisant un clin d'œil : « Je vois qu'elle t'a laissé sa signature !! »
Le Moine sourit de toutes ses dents et répondit :- « Oui, c'est bien elle ! Ah si vous saviez ! Mais j'ai soif là, allons donc boire un peu à la taverne ! Je suis sûr que Fallus et le Comte Haboule seront eux aussi empressés de tout savoir ! »
Sur ce, les 3 compères se dirigent vers la taverne...
Pendant ce temps, le Gardien MaqueueFly avait eu vent des évènements s'étant déroulés aux portes de la Cité. En bon connaisseur des membres du Glan, il se doutait que le Moine défroqué irait conter ses aventures en taverne et décida donc de s'y rendre à son tour. Il mit un temps fou à choisir des vêtements convenables, et opta enfin pour la totale : Heaume avec l'écusson du Glan, pull imprimé à la gloire de toutes ses victoires à l'avant, et avec son nom à l'arrière. Le tout agrémenté par un joli pendentif de Glan et la bague assortie. Il se mit donc en route, et s'arrêta devant les appartements de sa chère et tendre Xéna des Belles Fesses. Il toqua à la porte, entra, et ne ressorti qu'une heure plus tard au bras de la belle Dame (Ben quoi, elle aussi elle est coquette !! :DD) . Xéna prit la parole :
- Mon Seigneur, peut être pourrions-nous faire un crochet au RDG. Je suis sûre que l'Architecte et l'orc puant sont encore en extase devant toutes les beautés du lieu !
- Bonne idée !
Les voilà donc sur le chemin du RDG. Xéna des Belles Fesses ne s'était point trompée. Lorsqu'ils pénétrèrent dans le lieux, ils y trouvèrent Keudepig en train de recompter les culottes accrochées au mur :
- Oh, aller sale orc Onkull, avoues que tu m'a piqué une des culottes de la Fée. Il manque la rose, avec des petits nœuds partout, quelle avait signé pour moi !
- C'est pas moi qui t'ai volé celle-là. Peut être un des strings de Folle Horsd'elle, mais c'est si petit que tu peux pas m'en vouloir !
Keudepig s'apprêtait à se mettre en colère, quand il se rendit compte de la présence de MaqueueFly et de Xéna des Belles Fesses :
- Ah tiens, vous n'auriez pas une idée de l'identité du coupable par hasard ? Si je le retrouve, je jure de le noyer dans la bière du Nain Distillateur !
- Non, pas la moindre. Quoique notre Morbake a passé pas mal de temps ici hier au soir... Dîtes, il semble que Shaolin ai une super histoire à nous raconter, vous nous accompagnez ?
Et voilà MaqueueFly, Keudepig, l'orc crasseux, et Xéna des Belles Fesses en route pour la taverne. Lorsqu'ils arrivèrent enfin, la taverne était déjà pleine. Tous les membres du Glan étaient suspendu aux lèvres du Moine en caleçon, même Kéké, Bradur et Foltaire, qui se tenaient un peu à l'écart, un peu plus près du tonneau de bière pour ne pas manquer de liqueur précieuse. Ali Bouboule arriva le dernier, tout sourire en apercevant l'état du moine. Ils s'assirent tous, et écoutèrent le moine défroqué leur raconter la nuit de « torture » que lui avait fait « subir » une Fée plus déchaînée que jamais depuis qu'elle était parti du Glan, et qu'elle avait pris un nain et son orcounet pour amant.
- « J'avais envie d'être seul ce soir là. J'avais donc envoyé mes troupes chez un Seigneur... Je ne sais même plus qui d'ailleurs, tellement cette soirée fût chaude ! Après avoir fait un petit tour de ci de là, je constatais que j'étais bien tranquille dans mon royaume. Bon...Euh, voilà, Keudepig, ne te fâche pas, je suis sûr que tu as remarqué qu'un de tes « trophées » avait disparu du mur du RDG. »
Le moine tourna la tête vers Keudepig en disant cela et vit que ce dernier fit un énorme effort pour ne pas aller noyer le moine dans son verre, lui qui avait osé profaner son Temples de la Lingerie ! Il se resservit à boire et resta assis à écouter la suite de l'histoire :
- « Et bien, j'avoue qu'avant de partir en campagne, j'ai la nostalgie de la Fée qui est montée... Ne me regardez pas tous comme ça, c'est vrai que vu comme ça, nos relations sont chaotiques, mais dès que nous nous rendions au RDG !....Enfin voilà quoi , j'ai chopé une des culottes de la Fée. J'avais beaucoup bu, et il y avait cette culotte...Enfin, j'ai cru avoir une hallucination quand j'ai vu la reine du RDG pénétrer dans la chambre, dans une tenue ultra moulante de cuir rouge et noir. Le rêve ! Elle avait l'allure bestiale, et ses os craquaient de tous les côtés (je crois que la pratique intensive de l'orc, c'est pas bon pour les os !!), mais bon sang, elle n'a jamais été aussi entreprenante ! C'était.... »
Les autres le regardait, amusés. Ils imaginaient bien la scène et la tête que faisait le moine en disait long !
Il continua :
- « Sus au Glan, qu'elle criait ! Une telle rage brillait dans ses yeux ! Et puis elle s'est mise à tout saccager, détruisant tout sur son passage avec son épée immaculée ! Elle m'a empoigné...Et puis, là, elle a sorti tout un tas d'accessoires. Je vous laisse imaginer la suite, elle a entrepris de me torturer, c'était tout simplement inoubliable ! Il faudrait que je la rencontre encore une fois, oui, je vais repartir en campagne dans l'espoir de revivre encore un tel moment ! Que sont bons les combats et son lot de souffrances ! Plus rien ne l'arrête, elle s'est transformée en véritable tigresse assoiffée de violence et de plaisir charnel ! A peine après en avoir fini avec moi qu'elle s'imaginait déjà avec son orcounet ! Insatiable cette Fée !...»
Le moine en caleçon continua à narrer une à une les tortures infligées par la Fée toute la nuit durant. Les membres du Glan passèrent une excellente soirée, comme il n'y en avait pas eu à la Cité depuis longtemps maintenant. C'était rare qu'ils se retrouvent ainsi tous ensemble. Au petit matin, ils portèrent un dernier toast à la Fée avant de s'en aller chacun de leur côté.

Les pilleurs


Elle fût éveillée par des bruits de pas. Elle se leva rapidement, toute trace de sommeil évanouie. Des pilleurs ! Ils étaient déjà là, et elle n'eût que le temps de se saisir d'une épée que lui avait fourni Kenji. Elle jeta un coup d'œil dans sa direction. Il était déjà aux prises avec deux hommes. Il avait l'air de bien s'en sortir, et elle ne put qu'admirer son agilité et sa dextérité face à l'ennemi. Bon sang, comment avaient-ils pu se laisser surprendre ainsi ? Elle jugea la situation en un clin d'œil. Quatre adversaires s'approchaient déjà d'elle. Deux d'entre eux avaient des arbalètes, et elle constata que l'un des hommes tirait déjà dans sa direction. Elle courut à toute allure vers les chevaux, qui hennissaient et renâclaient nerveusement. Alors qu'elle s'approchait, l'une des montures réussit à se défaire de la bride qui l'entravait, et s'enfuit dans la plaine. Sheena se maudit d'avoir mal attaché l'animal puis s'empara d'un bouclier de bois, et se retourna vivement. Elle eût juste le temps de rouler à terre pour éviter la première flèche. Cette dernière passa tout prêt d'elle, à en juger par le sifflement qu'elle perçut sur sa droite. Puis, les deux archers se mirent à tirer. Elle réussit à esquiver 3 puis 4 flèches. Deux des projectiles vinrent directement se planter dans son bouclier. Elle regarda en direction de Kenji. Ses deux adversaires agonisaient au sol. Bien. Elle s'approcha de celui qui se tenait le plus prêt d'elle, et lui décocha un coup d'épée dans le flanc. Il hurla de rage, et tenta de lui rendre la pareille, mais la douleur l'en empêcha et Sheena en profita pour lui asséner le coup final. Reste trois. Elle se retourna trop tard, et n'eut pas le temps d'esquiver la flèche qui s'enfonça dans la chair de sa cuisse droite. Elle poussa un cri, et prit appui sur un arbre juste derrière elle pour ne pas tomber sous le coup. Les ennemis approchaient, armés de leurs lances. Kenji profita qu'ils lui tournaient le dos, pour en abattre deux d'un seul coup d'épée. Sheena quand à elle, réussit à désarmer le dernier, et lui trancha la gorge. Puis elle tomba contre l'arbre, une douleur vacillante à l'endroit où la flèche était plantée. Elle était en sueur, et souffrait beaucoup. Kenji s'approcha d'elle, et sans autres commentaires, arracha d'un coup sec la flèche de la cuisse de Sheena. Elle hurla de douleur, et ferma les yeux, retenant ses larmes. Kenji agissait machinalement, comme si il avait fait ça des dizaines de fois durant sa vie. Il sortit d'une de ses poches un onguent qu'il étala sur la plaie béante, tout en récitant une sorte de prière dans une langue inconnue. Sheena l'écoutait sans l'entendre, tant la douleur était insupportable. Elle laissa sa tête se poser contre le tronc, et ferma les yeux, envahi par un frisson intense. Puis, d'un coup, elle sentit ses forces partir, se vider de son être tout entier. Sa tête tournait, lourde. Elle lutta intensément pour ne pas s'évanouir, et se força à se concentrer sur les paroles monotones prononcées par Kenji. Les mouvements de l'homme étaient rapides et précis. Il avait déchiré un morceau de tissu, qu'il entourait à présent autour de la cuisse de l'elfette. Il continua ses prières pendant de longues minutes, et il sembla à Sheena que la douleur s'atténuait peu à peu. Kenji se leva, et rapporta un peu d'eau qu'il lui passa doucement sur la visage. La fraîcheur lui fît le plus grand bien, et elle reprit ses esprits. Elle remercia Kenji de son aide, puis se releva péniblement. Une douleur lancinante la martelait. Ils décidèrent de repartir sans tarder, afin de soigner plus convenablement la blessure. Kenji l'aida à monter sur le cheval, puis grimpa à son tour. La monture se mit en route, au petit trot....

Sur la route d'Iòna

Kenji la réveilla quelques heures plus tard. Ils prirent un repas frugal et se remirent en route. Le jour se levait tout juste, et de lourds nuages obscurcissaient le ciel. Une brume épaisse s'élevait des rizières, rendant les alentours plutôt inquiétants. La femme leur fit don de 2 chevaux. En fait, il semblait plutôt que les chevaux avaient été amenés ici juste pour eux. Sheena fût heureuse de pouvoir sentir à nouveau cette sensation merveilleuse que procure le chevauchement. Sa monture avait à la crinière claire avait une robe sombre. Ils se mirent en route vers l'est. Ils durent traverser les rizières. La route commença en silence. Seuls les clapotis des sabots s'enfonçant dans l'eau venaient perturber la scène. Les oiseaux chantaient dans un joyeux concert matinal. Sheena se lançait porter par son cheval, qui suivait docilement celui de Kenji. Peu à peu, les nuages laissaient place à un soleil éclatant. Pour l'heure, la fraîcheur de la nuit leur permettaient d'avancer sans contrainte, mais bientôt, la chaleur deviendrait étouffante. Peut être Kenji leur laisserait-il faire une pause quand le soleil serait à son zénith. Sheena se laissait nonchalamment bercée par le rythme du cheval, tout en ne perdant aucune miette du paysage environnant. Elle avait toujours apprécié voir le lever du jour, jamais elle ne se lassait de ce spectacle grandiose. Les reflets du soleil sur la rosée matinale, les couleurs pastels que prenait le ciel, les chevreuils qui profitaient du calme pour chercher des bourgeons appétissants...Cette tranquillité apaisante lui permettait de clarifier ses pensées, et lui procurait un bonheur indescriptible.
Une heure après leur départ, Kenji se décida enfin à parler :

- Je vous emmène au sein de ma Cité, Iòna, selon les dernières volontés d'Hapousenb.

- Iòna.... Ainsi vous connaissiez Hapousenb ? Que vous a t'il demandé, pourquoi a t'il voulu que je vous suive ?

- Oui, Hapousenb était mon élève, il y a de cela fort longtemps. C'est moi qui lui ai appris l'art des Shurikens. Il a grandi à Iòna, et en est parti pour des raisons qui me restent encore obscures à ce jour... La fuite de responsabilités trop lourdes à porter sans doute...Toujours est-il que je me suis employé depuis son départ à le retrouver.

- L'art des Shurikens... Sheena se remémora la mort de son grand père. Depuis ce jour, par respect pour celle qu'il considérait comme sa fille, Hapousenb avait cessé de se servir de cette arme, du moins en sa présence. Cette petite fille, il l'avait prise son aile, considérant son intervention comme un signe des Dieux, et il l'avait emmenée avec lui pour purger chaque jour sa peine, en lui rappelant tout le mal qui avait fait subir à de nombreux innocents.

- Oui exactement. J'ai été son professeur, et je dois avouer que ce ne fût pas une mince affaire. Hapousenb était un esprit libre, à la recherche d'une quête supérieure. Je ne sais pas si sa vie a été conforme à ses souhaits... Toujours est-il que j'ai retrouvé sa trace il y a peu de temps. Il m'a annoncé son projet, je lui ai rétorqué qu'il était fou. Il ne l'a pas mal pris, au fond, il savait que j'avais raison. Mais c'est alors qu'il m'a parlé de vous. Il m'a avoué son désir de vous adopter légalement, et je l'ai aidé à faire les quelques démarches nécessaires pour y parvenir. Si vous y consentez, bien sûr, à notre arrivée, vous devrez à votre tour m'accompagner pour remplir quelques documents.

- Je vois... Sheena sombra dans la mélancolie un instant. Il ne m'a jamais fait part de son souhait. Je vous avoue ne jamais avoir réfléchi à cette possibilité, et je ne me rends pas bien compte des conséquences d'un tel acte. Voyez-vous, j'ai vécu jusqu'aujourd'hui sans aucune attache. Bien sûr, j'ai vécu toutes ces années en compagnie de mes frères de misère, mais après tout, rien ne me reliait vraiment à eux, et j'étais libre de partir à ma guise...

- Vous aurez tout le temps nécessaire pour penser à cela une fois arrivée. Vous savez, il vous portait dans son cœur. Je ne doute pas un instant que ses dernières pensées aient été pour vous. Il m'a imploré de vous prendre à mon tour en charge. Vous savez, je ne suis plus de la première jeunesse. Je suis humain, vous êtes elfes. Le temps n'a pas d'emprise sur vous, alors que chaque jour qui passe me vieillit un peu plus. Je n'ai plus d'élèves depuis bien longtemps à présent. Mais par respect pour celui qui fût mon meilleur disciple, j'ai accepté sa requête. Je vous apprendrai l'art des Shurikens.

Elle garda le silence un instant suite à ces révélations. Ainsi, son destin la conduisait à tout apprendre de l'arme qui était responsable de l'exécution de son grand-père.... Elle ne savait plus trop quoi penser de cela, et répondit à Kenji :

- Mon maître... Ainsi donc, je devrais apprendre de nouveau à ôter des vies ? Quelle étrange destinée...

- Sheena, vous devez savoir qu'il n'incombe qu'à vous d'enlever ou non des vies. L'arme n'est que le moyen qui sert votre pensée. Elle ne prend vie que par vos mains, c'est vous qui décidez ou non de mettre en pratique le cheminement de votre pensée.

Kenji retomba dans le silence. Sheena ne répondit pas à ces dernières paroles. Que pouvait-elle dire, sinon que l'homme avait raison... Elle leva les yeux vers le ciel azuré, et médita longtemps sur ce qui lui avait dit son maître, puisqu'il convenait à présent de l'appeler ainsi.

Vers midi, la chaleur commença a devenir insupportable. Kenji avisa un petit étang, abrité par divers arbres. Ils descendirent de leur monture, et elle fût chargé de faire boire les chevaux. A son retour, elle attacha les brides autour d'un hêtre, et rejoignit Kenji. Il avait profité de son absence pour allumer un feu, sur lequel il mit à bouillir une petite casserole dans laquelle il plongea quelques légumes donnés par le femme avant leur départ, ainsi que des petits champignons. Après ce repas, ils décidèrent de prendre un peu de repos. Kenji alla s'installer au pied d'un arbre pour dormi, alors que Sheena se rapprocha de l'étang. Elle s'assit au bord de l'eau et resta là à observer les éléments qui l'entouraient. De temps à autre, un poisson venait gober un insecte sur la surface de l'eau, provocant une auréole à la surface de l'eau. De nombreuses grenouilles croassaient autour d'elle, et elle en aperçut quelques unes nageant à la surface de l'eau. Des nénuphars blancs déployaient leurs pétales sur le bord de l'eau, alors que des roseaux étaient bercés doucement par une petite bris qui venait de se lever. Un héron se tenait à l'autre bout de l'étang. Tout comme elle, il attendait. Il attendait le bon moment pour plonger dans l'eau en quête du poisson qui lui servirait de met pour son repas. Et elle, qu'attendait-elle ainsi ? Elle finit par s'assoupir, emporter par le manque de sommeil des 2 jours précédents.

Un dimanche matin


Tout était tranquille ce matin. Une fois par semaine, le calme revenait. Cette journée du dimanche ne donnait jamais lieu aux combats, un pacte entre les guerriers était passé : pas de batailles, juste du repos bien mérité, pour les Seigneurs, et surtout pour les troupes qui se battaient ardemment lors des conquêtes. En ce matin, Sheena était tranquillement postée sur son arbre. Les premiers rayons du soleil commençaient tout juste à inonder la resplendissante Cité, encore plongée dans sa quiétude matinale. A cette heure-ci, tout respirait la sérénité et le bonheur. Elle adorait regarder la Cité se réveiller doucement et sortir peu à peu de sa torpeur nocturne. Tandis qu'un soleil d'une couleur claire se levait lentement à l'horizon, les premiers habitants se réveillaient. Souvent, des hommes chargés de l'entretien de la Cité, qui sortaient aux aurores pour commencer leur besogne. Mais comme chaque dimanche, ils savaient qu'ils disposaient de plus de temps, que rien ne les pressaient. Au coin des rues souvent ils s'arrêtaient, rencontrant un ami avec lequel ils discutaient durant de longues minutes... Sheena ferma les yeux et écouta les sons qui parvenaient jusqu'à ses longues oreilles d'elfe : les oiseaux le matin s'ébattaient en un joyeux concert. On aurait dit qu'ils s'étaient tous donné rendez-vous sur son arbre, pour émettre leurs chants mélodieux. Tant d'espèces différentes vivaient ici qu'il étaient bien difficile pour elle de deviner combien ils étaient. Mais peu importe, elle se laissait emporter dans leur harmonie, bercée par cette douce mélodie. Des bruissements d'ailes autour d'elle, le vent dans les feuilles... Et puis l'enchantement de la petite rivière qui traversait la Cité. Ses eaux claires se répandaient doucement dans son lit, déversant un son cristallin. Soudain, les cloches de l'église sonnent. 6 coups... Bientôt, de la fumée s'échapperait des cheminées de chaque chaumière, donnant cette impression de chaleur, et redonnant vie à cette Cité fantôme, glacée dans ce froid hivernal... Sheena sentit la douceur des rayons du soleil sur sa joue. Un frisson la parcourue. Il faisait vraiment froid ce matin là. Elle s'était enveloppée dans une grande cape de laine de couleur pourpre, et son corps baignait ainsi dans une douce chaleur. Quel bonheur ! Elle se sentait vraiment bien ici, elle avait bien fait de suivre son frère. Elle comprenait parfaitement la raison pour laquelle il se sentait si bien en ces lieux bienfaisants....7 coups....Le vent caressait sa longue chevelure, jouant avec ses mèches blondes. La Cité reprenait vie : au loin, on pouvait entendre un bruit métallique et régulier, émit par des forgerons matinaux. Le tavernier sortit sur son palier, regarda autour de lui, guettant la clientèle. Il secoua sa tête pour chasser un bâillement, reste de sa courte nuit. Il tourna sa petite pancarte, signifiant son ouverture, puis rentra quelques secondes dans sa taverne, pour en ressortir bientôt, portant dans ses bras un tableau à craie, sur lequel il allait bientôt noter les menus du jour... Une délicieuse odeur vint titiller les narines de l'elfe : des viennoiseries sortaient du four !!! Voilà près de 3 heures maintenant qu'elle était perchée sur son arbre, son estomac commençait à réclamer son dû. Sheena n'y tenant plus se laissa glisser le long du tronc et se dirigea calmement vers la taverne, afin d'y prendre un bon petit déjeuner. Elle poussa la porte et adressa un grand sourire au patron. Comme chaque dimanche, elle était la première arrivée (derrière les chats errants qui réclamaient du lait à l'arrière boutique :cat:). Elle s'installa en retrait, sur une petite table proche de la fenêtre, d'où elle pourrait observer ce qui se passait au dehors. Un rayon de soleil plongeait directement dans la petite fontaine située juste en face, faisant étinceler chaque goutte d'eau tombant dans le bassin. Une demoiselle lui apporta une boisson chaude, accompagnée de délicieux pains fourrés au chocolat encore chauds.... Sheena plongea ses lèvres dans le bol brûlant... Aie ! Quelle idiote, elle venait de se brûler !... Elle croqua dans le petit pain, et se dit qu'elle retenterai le bol plus tard, quand il serait un peu moins chaud. De toute façon, elle avait tout son temps. Bientôt, l'endroit se remplirait de Seigneurs. Elle les attendrait donc, histoire de leur souhaiter à tous un bonjour...

Fuite nocturne


Sheena s'enfonça dans la nuit en compagnie du dénommé Kenji. La lune était masquée par de lourds nuages qui rendaient les alentours encore plus ténébreux. Il la devançait de plusieurs mètres, et avançait à une allure déconcertante pour un homme qui lui était apparu si vieux. Le silence de la nuit n'était rompu que par leurs souffles légers et le bruit étouffé de leur pas sur le sol mouillé. Ils se trouvaient encore dans l'enceinte de la ville, et Sheena pria pour qu'aucun chien ne se mette à aboyer en les entendant. Enfin, ils arrivèrent devant les remparts. A cet endroit, elle put distinguer la forme du mur : il avait dû subir un assaut par le passé, et il restait encore creusé. Personne ne semblait avoir pris la peine de le réparer. Elle tenta de jauger la hauteur, mais estima que malgré cette faille, il restait relativement élevé. Kenji joignit ses mains devant lui, lui faisant signe de se servir de son appui pour sauter plus haut. Sans un mot, elle refusa son offre et bondit dans les airs, tel un chat, et s'agrippa au sommet. Elle prit pied en haut du mur, et jetant un coup d'œil autour d'elle, elle ne put que constater l'absence de gardes. Kenji la rejoignit à son tour, et, sans un regard, plongea de l'autre côté. Elle le regarda quelque peu hébétée, puis entendit son corps atterrir en contrebas dans un clappement d'eau. « Voilà pourquoi le mur n'a pas été réparé », pensa t'elle. Des douves en empêchait l'accès depuis l'extérieur. La lune réapparut quelques secondes et elle put voir sa propre silhouette se dessiner sur la surface liquide. Elle était bien plus haut qu'elle ne l'aurait cru, mais n'hésita pas un instant et s'élança majestueusement dans le vide. La chute ne dura que quelques secondes. Elle s'enfonça dans un tourbillon poissonneux, puis brassa l'eau croupie de ses bras pour remonter à la surface en faisant attention à faire le moins de bruit possible. Kenji était déjà sur la berge, dégoulinant, et ne jeta qu'un rapide regard en arrière pour s'assurer qu'elle le suivait toujours.
Elle tâtonna un instant avant de remonter, glissa sur le sol boueux, puis se remit debout et hocha la tête vers lui pour lui faire signe de continuer. Sans en dire plus, il repris son rythme, et Sheena le suivit. Elle se sentait déjà plus en sécurité en dehors de la ville. En pleine nature, elle reprenait vie. Elle entendit le hululement d'une chouette, et le bruissement d'ailes de chauve-souris quelque part dans la nuit profonde. Le nuages se dégagèrent peu à peu, et elle vit qu'ils se dirigeaient vers une forêt un peu plus loin. Ses sens d'elfe étaient en alerte. Elle ne perdait aucun fragment de l'odeur typique de la terre mouillée après une averse, et des feuilles en décomposition à mesure que les arbres approchaient. De temps à autre, des émanations de champignons lui parvenait aux narines, lui rappelant que malgré la miche de pain avalée peu avant, elle avait toujours faim et aspirait à un repas chaud. A leur approche, un lapin s'enfuit en sautillant. Elle put entendre le glapissement d'un renard qui devait chasser une quelconque proie. Ils entrèrent enfin dans la forêt et Kenji la dirigea vers un petit sentier. Ils s'enfoncèrent toujours plus, puis finirent par ressortir de la masse boisée.
Sheena commençait à sentir une immense fatigue s'insinuer en elle, et elle eût de plus en plus de difficultés à garder le rythme imposé par Kenji. Ses pensées se mirent à vagabonder Cet homme l'intriguait. Plus elle y pensait, moins elle pouvait lui déterminer un âge. Elle était furieuse contre son propre manque de discernement à son sujet. Elle se demandait où il pouvait bien l'emmener ainsi, et elle tentait de deviner leur destination, mais dû s'avouer à elle même qu'elle n'avait encore jamais eu l'occasion de visiter cette partie de la contrée, et elle dû se résigner à l'idée qu'elle devrait attendre pour en savoir plus. Elle hésita à poser la question à l'intéressé, mais il semblait lui même perdu dans ses pensées, et puis elle voulait arriver le plus tôt possible pour pouvoir prendre du repos. Dans la nuit froide, elle se rappelait les histoires que son grand père lui contait lorsqu'elle n'était qu'une enfant. Elle se surprit à écouter si elle n'entendait pas surgir un esprit maléfique derrière elle, venue l'enlever pour lui faire subir mille souffrance. Elle ne savait pas depuis combien de temps ils marchaient ainsi, mais elle souhaitait que leur périple s'achève bientôt. Kenji semblait absorbé dans ses pensées. Elle ne le connaissait pas, et se sentait un peu folle de le suivre ainsi en terre inconnue. Mais une force en elle lui intimait de faire confiance en cet homme, et faisait taire cette petite voix qui lui conseillait de rebrousser chemin. Le terrain devenait de plus en plus trempé, et ils marchaient à présent réellement dans l'eau. Sheena comprit qu'ils étaient en train de traverser une rizière. Ils devaient se rapprocher d'un village ou d'un petit hameau. Effectivement, au bout de quelques instants, elle aperçut enfin des maisonnées. Malgré la nuit environnante, le clair de lune permettait à l'elfe de percevoir la misère du lieu. Il n'y avait pas plus de 10 baraques, toutes en un état pitoyable. La saison pluvieuse avait apparemment fait des ravages ici, et les habitants devaient sûrement avoir un grand mal à survivre. Elle ne savait pas exactement à quelle distance ils étaient de Tah'Kat'Et, mais elle estima qu'ils avaient marché environ 5h avant d'arriver ici. Elle se demanda si c'était bien ici que Kenji avait l'intention de s'arrêter ou si il ne s'agissait seulement que d'une étape. Ils entrèrent dans le village endormi. Seule une petite masure était allumée, et c'est vers celle-ci qu'ils se dirigèrent. Kenji frappa 2 coups et on vint lui ouvrir la porte. Une femme se tenait devant eux. Elle sourit à Kenji, puis son regard s'attarda un instant sur l'elfe. Son regard vide sembla reprendre vie en un instant quand elle aperçu Sheena. Kenji l'invita à entrer, et referma la porte derrière elle.
La maison dans laquelle ils pénétrèrent était minuscule. Elle se découpait en 2 pièces, l'une légèrement plus grande que l'autre. Ils se trouvaient d'ailleurs dans celle-ci. L'ensemble était dans un état déplorable et reflétait la triste misère frappant les habitants du lieu. Une petite table bancale et 2 chaises étaient placés au centre. Une petite cheminée vers le fond, où crépitait un faible feu, réchauffait vaguement l'endroit. Une petite marmite de fonte, qui aurait fait le bonheur d'un nain, chauffait dans l'antre. Une odeur de potage en sortait, mettant l'eau à la bouche de l'elfe. L'humaine s'affaira, tourna une sorte de louche déposée dans le plat, sortit 2 bols de terre cuite et les posa sur la table. Elle leur fit signe de s'asseoir tout en lançant un regard appuyé à Kenji.
- Un repas chaud vous fera le plus grand bien
Elle les servit, et tous 2 se jetèrent avidement sur le maigre repas. Ils avalèrent leur bol, puis en reprirent.
- Nous allons dormir ici cette nuit, dit enfin Kenji, rompant le silence pesant. Demain, nous repartirons. Nous en aurons pour plusieurs heures avant d'arriver.
Voyant le regard interrogateur de Sheena, il continua :
- Nous nous rendons dans une cité nommée Iòna. Je vous expliquerais alors ce que l'on attend de vous.
- Je vous suis. Dîtes-moi, j'ai l'impression que vous me connaissez, comment cela est-il possible ?
- C'est exact. Je vous expliquerai tout ça en route. Désignant la paillasse près du feu. En attendant, prenez un peu de repos. Une nouvelle vie vous attend, bien plus propice. La chance vous sourira si vous ne lui tournez pas le dos.
Il se leva, lui souhaita de passer une bonne nuit, et se dirigea vers l'autre pièce, où se Trouvait la femme. Sheena resta un moment accroupie près du feu, les yeux perdus dans les flammes rougeoyantes. Elle entendit les murmures provenant de la pièce voisine et ne put s'empêcher d'écouter la conversation :
- Alors c'est bien elle ? Où l'as tu trouvée ?
- Dans les écuries. Je ne savais pas si c'était bien elle au début, mais maintenant, j'en suis convaincu. Hapousenb m'avait prévenu qu'elle était têtue mais qu'elle ne rechignerait pas à me suivre. Et puis des elfettes qui se cachent à Tah'Kat'Et, ça ne courent pas les rues.
- Hum.... Et Hapousenb ?
- Mort.... Pendu...Comme tous les autres. Maintenant, c'est à moi de veiller sur elle. J'ai promis.
Le silence s'installa, et Sheena alla s'allonger sur la paillasse. Elle ne comprenait pas bien, et ce qu'elle venait d'entendre la laissait perturbée. Ainsi Kenji et Hapousenb se connaissaient, et c'est ce dernier qui avait parlé d'elle à celui qu'elle avait suivi jusqu'ici... Mais qu'avaient-ils prévu pour elle, que signifiait tout cela ?... Peu à peu, le sommeil eu raison d'elle, et Sheena se trouva plongée dans un sommeil agité.

Une lueur dans la nuit


Une nouvelle fois, elle eût l'impression de se retrouver seule au monde. Elle pleura longtemps, en silence. Elle était seule, oui, et son cœur ne voulait plus continuer à vivre ainsi ; mais son instinct lui conseillait de continuer la lutte contre cette vie cruelle. Elle resta donc aux aguets, pour ne pas être surprise. Un silence profond l'enveloppait, brisé de temps à autre par le souffle d'un cheval. Elle devait se battre puisqu'elle avait survécu à ses amis... Dehors, la pluie commença à tomber, un peu tout d'abord, puis de plus en plus fort. Les gouttes d'eau martelaient le bois de l'écurie d'un bruit sourd. Elle commença à avoir froid, à rester dans cette position inconfortable. La nuit passa ainsi pour elle, à scruter la pénombre.
Au petit matin, alors qu'elle s'apprêtait à s'endormir après cette nuit épuisante, elle entendit des pas. Elle se concentra, et déduisit que 2 hommes étaient entrés par ici. Elle retint son souffle. Puis elle aperçut leurs silhouettes. Elle ne s'était pas trompée, 2 hommes se tenaient bien en bas. Les chevaux se mirent à hennir doucement à l'arrivée des individus. Il devait s'agir de palefreniers du roi qui se tenaient là. Ils opérèrent les 1ers soins aux animaux silencieusement. Elles les observa, attentive au moindre de leur geste, se tenant prête à fuir s'il le fallait. Elle constata que l'un des 2 devait être bien âgé, à en juger par sa démarche. Le plus jeune finit par s'accorder un instant de pause, et se dirigea alors vers la porte. Il jeta un coup d'œil vers la place, et un rictus de triomphe passa sur ses lèvres : « Chiens ! dit-il, voilà ce qui arrive quand on s'en prend à notre roi ! » Sheena se retint d'aller lui planter une lame dans la gorge, et se concentra sur le vieillard qui continuait sa besogne. Il avait saisi une fourche et se dirigeait vers la paille dans laquelle elle se tenait. Il planta son outil dans une botte et Sheena s'éloigna bien vite. La fourche lui avait égratigné la cuisse. Mais peu lui importait. Elle regarda le vieillard qui levait à présent les yeux vers elle. Il ne pouvait la voir d'où il se tenait, mais elle savait que son mouvement brusque pouvait à présent lui coûter la vie. Le vieil homme regardait toujours. Elle avait la sensation qu'il la voyait, que son regard perçant lui brûlait le corps tout entier. « S'en est fini » pensa t'elle. Pourtant, contre toute attente, quand l'autre homme revint, le vieillard se remit au travail et lança à son équipier : « Occupes toi de les panser. Je me charge de la paille ». En entendant ces mots, plus aucun doute ne subsistait pour elle. Il l'avait vu, du moins ressentait sa présence. Mais il l'avait épargné, en tout cas pour l'instant.
Plusieurs fois dans la journée, elle failli être découverte. Elle attendait que la nuit ai revêtue sa robe sombre pour tenter de s'échapper du royaume. Elle changea de cachette à plusieurs reprises sans jamais se faire repérer. Voilà plus d'une journée qu'elle n'avait pas mangé, et son ventre commençait à crier famine.... La nuit arriva enfin, et les allers-venues cessèrent peu à peu. Elle attendit encore un peu, pour être sûre de rencontrer le moins de personnes possible. Elle s'apprêtait à partir quand elle perçut des bruits de pas étouffés. Quelqu'un passa lentement la grande porte, et se dirigea vers la paille dans laquelle elle se tenait la nuit dernière. A sa démarche, elle reconnu le vieillard. Alors, il l'avait bien vu. Elle ne savait que faire, que lui voulait-il ? Il se mit à chuchoter : « Je sais que vous êtes là, sortez que je vous vois. Que faîtes-vous donc caché ainsi. Allez, venez, je ne vous ferai aucun mal ! » Sheena profita qu'il était concentré sur ces paroles pour se rapprocher doucement, tout en restant à l'abri des stalles. L'homme continuait « «Je vous ai apporté de quoi manger. Allons, n'ayez crainte ! » Elle se tenait à présent derrière lui, sa dague longue à la main. Elle toussota , et l'homme se retourna. Ils se dévisagèrent un instant sans rien dire. Il lui semblait moins vieux qu'il n'y paraissait au 1er abord. Elle perçut un secret en lui, elle se rendit soudain compte avec effroi qu'elle avait sous estimé cet individu. Lui découvrit une elfe au corps svelte, trop maigre en fait, les cheveux blonds en bataille, où il aperçu ça et là des brindilles jaunes, les vêtements sales, le visage boueux, mais le regard vif et l'air déterminé. Ce vieillard jouait manifestement un rôle. Elle leva donc sa dague, prête à en user s'y besoin.
-« Que me voulez vous ?
- Tenez, prenez ça, dit-il en lui tendant une miche de pain. Il vit qu'elle hésitait.
- Qui me dit que vous ne l'avez pas empoisonnée ? répondit-elle d'un air méfiant. Et puis pourquoi me donneriez vous gracieusement à manger ?
- Ne crois-tu pas que j'aurai pu te tuer ce matin si je le voulais vraiment. Je n'aurai aucun intérêt à te supprimer à présent. Mange ! »
Elle accepta finalement cette nourriture providentielle. Elle mourrait de faim, et commença donc à manger sans attendre. L'homme lui laissa le temps de prendre quelques bouchées, et alla s'asseoir sur un baril. Puis il repris, jetant des regards nerveux vers l'extérieur :
- « Si on me savait en compagnie d'un des brigands qui sont venus hier soir, on me tuerai sur le champ. » Il leva les yeux vers elle et continua : « car tu faisais bien parti de ceux-là, n'est-ce pas ? » Devant le silence de Sheena, il poursuivit : « écoutes, je vais te proposer quelque chose. Je t'expliquerai plus en détail plus tard, nous ne devons pas rester ici plus longtemps. Viens, suis-moi ».
Il se leva, et se dirigea vers le fond de l'écurie, souleva le couvercle d'une caisse, et en sortit une cape sombre. Il la lança en direction de l'elfe. Elle l'attrapa, hésita, puis la mit autour de ses épaules et ajusta sa capuche, de sorte qu'il ne voyait plus ses yeux à présent.
- « Je vais vous suivre, rien ne me retiens plus en ce monde. Alors je ne crains pas plus à vos côté que seule dans cette pénombre. Je ne sais ce que vous voulez faire de moi, mais je suis prête à entendre votre proposition. Juste une chose, laissez-moi vous demander votre nom.
- Je me nomme Kenji. Muto Kenji. Allons à présent. »
Il sortit dans la nuit froide, et disparut quasiment de la vue de Sheena. Elle le suivit, sans aucune peur de se faire prendre. Elle ne risquait plus rien de toute façon.

Une vie de brigandage

Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle se trouvait sur le cheval de l'homme qui avait tué son grand père. Il se tenait juste derrière elle et la maintenait fermement pour ne pas qu'elle tombe. Il avait décidé de l'emmener avec lui. De toute façon, si elle était restée seule, elle serait morte. Il vit que la fillette s'était réveillée, et se pencha vers elle :

- Je me nomme Hapousenb. Dorénavant, tu vivras avec nous.

Sheena le regarda, les yeux pleins de larmes. Le choc était trop récent pour elle. Elle fît mine d'ignorer ses paroles, et tourna la tête, fixant le paysage qui défilait devant ses yeux.

Les années passèrent peu à peu. Elle fût élevée parmi cette bande de pilleurs. D'un caractère solitaire, elle n'en était pas moins têtue et habile. Hapousenb l'avait pris sous son aile, et la considérait comme sa propre fille. Il aimait cette petite elfette boudeuse, qui leur donnait du fil à retordre. Ils vivaient dans les bois de la plaine de Ménéna. Leur pauvreté les avaient poussé à piller et voler les villages alentours. Ils n'en restaient pas moins de valeureux guerriers, et c'est en leur compagnie qu'elle apprit à manier les armes. Tout d'abord, l'arc et les flèches : sa dextérité sans faille dans cette discipline fît d'elle un élément central de leur bande. Elle s'attira ainsi maintes jalousies. Mais peu lui importait. Elle s'habitua à vivre avec eux, et elle oublia peu à peu que l'homme qui l'élevait était l'assassin de son grand-père. Le temps s'écoula, de tueries en massacres, de pillages en vols, pour survivre chaque jour. Mais cette troupe grandissait au fil des années, de plus en plus nombreuse, il devenait vraiment difficile pour eux de s'en sortir.

Un jour, ils prirent ensemble la décision de s'attaquer à une ville et son château. Après tout, ils étaient plutôt bien armés et leurs rangs étaient composés de bons guerriers. Sheena entrait alors dans sa 17ème année. La ville fût choisit rapidement : Tah'Kat'Et. La journée précédent l'attaque fût entièrement consacrée aux préparatifs : chacun devait être prêt, ils savaient que si cela tournait mal, ils seraient exécutés sans vergogne. La nuit tombée, ils s'élancèrent, silencieux, vers les remparts de la ville. Sheena se tenait près d'Hapousenb. Ils se jetèrent un regard, et d'un muet accord, sortirent arcs et flèches, et tirèrent en direction des sentinelles perchés dans les tours de guets. Ils tombèrent un à un, poussant de brefs cris, sans même comprendre ce qu'il leur arrivait. Les autres en avaient profité pour lancer des grappins, et se hissaient déjà en haut des murailles. Elle se mit à son tour à courir, et lestement, attrapa une corde et grimpa. Arrivée en haut, elle jeta un regard alentour : tout était calme, l'alarme n'avait pas été donnée. Les autres se dispersaient peu à peu, de façon à fouiller le plus grand nombre de lieux sans perdre de temps. Sheena prit un escalier sur sa gauche, qu'elle descendit rapidement. En bas, elle poussa une petite porte en bois qui grinça, s'ouvrant sur la place de la ville. Elle leva la tête, et vit son objectif devant ses yeux : le château. Oui, là-bas, elle était persuadée qu'elle ferait meilleur butin que n'importe qui. Elle courut donc dans cette direction, le cœur battant. Des cris commençaient à retentir, les pilleurs étant peu à peu repérés par des âmes en manque de sommeil. Elle n'arrêta pas sa course pour autant, et continua de foncer droit devant. Enfin, l'alarme fût réellement sonnée. Elle vit arriver devant elle un petit escadron d'une dizaine de fantassins armés qui venait vers elle. Elle bifurqua alors, tout en continuant à courir. « Je ne laisserai pas tomber pour si peu ». Mais les factions se firent de plus en plus nombreuses. Elle en évita un grand nombre, et s'arrêta un moment pour jeter un coup d'œil en arrière. La déroute.... La plupart de ses amis avaient été pris sur le fait. Leur sort étaient scellé, elle ne pouvaient plus rien pour eux. Elle croisa alors le regard d'Hapousenb. Il faisait parti des prisonniers... Il semblait lui dire de fuir, tant qu'il était encore temps. Elle resta figée un instant, ne sachant que faire. Les pensées se bousculaient dans sa tête, et elle commença à perdre son sang froid. Elle respira calmement et reprit ses esprits. Tournant les yeux de part et d'autre elle comprit qu'elle même était encerclée. Les soldats ne l'avaient pas encore repérée, et elle comprit que c'était là sa seule chance de survie. Elle ne pouvait pourtant plus courir, ou alors, ils la remarquerait. Elle était tout près du château, mais plus la peine maintenant de s'y rendre. Elle vit des écuries à quelques mètres à peine. Voilà sa seule chance de s'en sortir. Elle pourrait s'y cacher, voire prendre un cheval et se sauver si elle en avait l'occasion. Elle s'assura que les soldats avaient le dos tourné, et se glissa dans ladite écurie. Le grand bâtiment accueillait sans aucun doute les chevaux de l'armée et du souverain, à en juger par leur grandeur et leur entretien. Elle se rendit dans le fond du bâtiment, et se glissa sous le soubassement du toit contenant la paille. Son cœur battait à tout rompre, et elle resta à cet endroit toute la nuit durant, les yeux grands ouverts, par peur d'être découverte dans son sommeil. Au petit matin, elle se risqua à s'approcher près de la porte. Alors, elle aperçut le sort qui avait été réservé à ses compagnons d'infortunes. Leurs corps pendaient impitoyablement sur la place publique, les pieds dans le vide. Elle repéra Hapousenb parmi les victimes. Son coup avait pris des teintes violettes, et Sheena retint un haut le cœur en voyant son visage. Encore une fois, les larmes coulèrent. Elle retourna se cacher, et enfoui sa tête dans le creux de ses bras, pour pleurer en silence....

Kalm

Son frère avait fait revivre en elle de nombreux souvenirs égarés. Il avait tenu à savoir ce qui s'était passé pour elle depuis toute ces années. C'est ainsi qu'elle replongea peu à peu dans les tréfonds de sa mémoire...

Petite fille du chef du village, tous les habitants étaient sympathiques avec elle. Rare était une ballade qui ne trouvait caresses ou baisers sur son chemin. Toujours enjouée et souriante, d'une blondeur éclatante, chacun s'accordait à dire qu'elle était le reflet vivant de sa défunte mère. Elle entendait cette même remarque plusieurs fois par jour, mais ces mots n'avaient aucun sens pour elle ; sa mère avait disparu depuis bien longtemps, et sa mémoire de fillette ne se souvenait pas de cette dame. Pour elle, du haut de ses quelques années, seules deux personnes avaient leur place dans son cœur : son grand-père chéri, toujours là pour elle, toujours prêt à lui conter des aventures fantastiques qui la faisait rêver, et son frère Zelos. Elle était fière de l'avoir pour grand-frère. Elle voyait bien comme les autres le respectait déjà, même si elle était trop jeune pour en comprendre les véritables raisons. Au fond, peu lui importait, il la protégeait toujours, et serait toujours là pour elle, elle le savait....
La guerre n'était qu'un mot de plus dans ses oreilles de fillette, et ce matin là, elle ne compris pas où il partait. Elle était là pour son départ, dans les bras de son grand-père. La petite troupe se mit en route. Jamais l'image de son frère ne la quitta. Un dernier regard lancé en arrière, accompagné d'un sourire. Elle lui répondit par un grand signe de la main, et d'un éclat de rire.... Dernière image avant qu'il ne la retrouve des années plus tard dans la contrée de Plumodhil.

Quelques heures après son départ, tout semblait trop calme dans un Kalm semi-désert. Sheena s'éloigna des autres petites filles. Elle se mit en quête d'un branchage en forme d'Y pour essayer de refaire seule cette petite arme très pratique que Zelos lui avait montré. Sa main droite triturait sans cesse un petit cordon élastique qui se trouvait au fond de sa poche. Ses pieds nus avançaient sur les feuilles, puis dans le petit ruisseau en contrebas du village. Elle adorait le contact de l'eau, et ne put s'empêcher de se mettre à courir, éclaboussant sa robe au passage. Elle trouva enfin le petit bâton tant recherché. Elle s'installa alors sur un petit rocher, et entrepris d'unir bâton et cordon. Elle penchait sa petite tête tout en tirant la langue, très concentrée sur sa besogne.

Soudain, un hurlement strident retentit en provenance du village. La petite fille fût pétrifiée un instant. Elle écouta, les oreilles aux aguets : elle percevait des pleurs et des cris, des entrechoquements métalliques et des bruits sourds. Elle sentit la présence des chevaux, le bruit mat que faisait leurs lourdes pattes s'écrasant sur la terre... Mû par une peur immense, elle se mit à courir, droit devant elle , en direction de son grand-père. Son cœur battait si fort....Après une course effrénée qui lui paru interminable, elle arriva enfin.

La place était méconnaissable... Des corps sans vie juchaient le sol, des plumes de poules volaient, perdues par les volailles qui s'agitaient en caquetant bruyamment... Sheena s'arrêta de courir, et se plaça en retrait, derrière une botte de paille, près des écuries. Son regard était hypnotisé par ses hommes, vêtus de brillantes armures, équipés d'armes qu'elle n'avait encore jamais vus auparavant. Sur leurs chevaux, ils paraissaient être vraiment grands pour ses yeux d'enfants. L'un d'eux avaient une sorte de disques accroché à la ceinture. Cet homme paraissait encore plus cruel que les autres, et se tenait à présent à quelques mètres du grand-père de Sheena. Ce dernier se tenait droit, le regard planté dans les yeux de l'homme qui lui faisait face. Il n'implora pas sa pitié ou sa clémence, il était préparé à mourir dignement. D'un geste fluide et rapide, l'homme se saisit du disque et le lança sans hésiter en direction du grand-père. Alors Sheena cria, si fort ! La mort de son grand père fut rapide. Le sang avait giclé. Sheena garda gravé dans sa mémoire ce ciel bleu entaché pendant un court instant par le sang de son grand père. Sans trop savoir comment, ni pourquoi, elle se mit à courir de toutes ses forces vers cet homme, sans cesser de crier. Elle n'hésita pas un instant , et d'un saut souple, elle se hissa sur le dos du cheval sur lequel il se tenait, impassible. Et là, dans un désespoir ultime, elle se mit à le frapper. Elle y mit toute son énergie, toute sa volonté, sa haine pour cet individu. Mais que pouvait une si petite fille face au meurtrier de son grand-père ? L'homme la contempla un instant, étonné. Puis, il se mit à rire, un rire tonitruant. Ces hommes se retournèrent vers lui : ils virent cette sauvageonne détrempée, pleurant et tambourinant leur chef. Un fou rire général se répandit dans le village souillé par le sang, la mort et le désespoir. Sheena tapait encore et encore, des larmes coulant sur ses joues... Puis elle s'évanouit.....